𝐋𝐞𝐬 𝐞𝐟𝐟𝐞𝐭𝐬 𝐢𝐧𝐝𝐮𝐢𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐁𝐓𝐏 𝐬𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬

Le Syndicat Professionnel des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics du Sénégal (SPEBTPS), après analyse approfondie de la Note d’analyse de l’Indice du Chiffre d’Affaires de la Construction (ICAC) publiée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) pour le troisième trimestre 2025, souhaite partager avec l’opinion publique, les acteurs économiques et les autorités nationales, sa lecture de l’évolution récente du secteur de la construction, pilier stratégique de la croissance, de l’emploi et de la transformation structurelle de l’économie sénégalaise.

1. Une dynamique globale marquée par un repli préoccupant de l’activité

Au troisième trimestre 2025, le chiffre d’affaires global du secteur de la construction enregistre une baisse de 4,3 % par rapport au troisième trimestre 2024. Cette contre-performance conjoncturelle s’inscrit dans une tendance plus profonde puisque le cumul des trois premiers trimestres de 2025 affiche une contraction de 12,9 % comparativement à la même période de l’année précédente.

Cette évolution négative confirme les alertes répétées des professionnels du secteur quant au ralentissement des investissements, à la rareté de la commande publique, aux tensions de trésorerie des entreprises et à la frilosité persistante de l’investissement privé.

2. Le génie civil : principal foyer de la contraction

Le sous-secteur du génie civil apparaît comme le principal facteur explicatif de la baisse globale. Au troisième trimestre 2025, son chiffre d’affaires chute de 23,2 % en glissement annuel, tandis que le cumul sur neuf mois révèle une diminution alarmante de 31,8 %.

Cette situation traduit un ralentissement significatif des grands travaux structurants (routes, ouvrages d’art, infrastructures économiques et sociales), pourtant indispensables à l’aménagement du territoire, à la compétitivité économique et à la mise en œuvre des politiques publiques de développement.

Pour le SPEBTPS, cette contraction du génie civil constitue un signal critique, car elle affecte directement les entreprises nationales de BTP, l’emploi qualifié, la sous-traitance locale et la chaîne de valeur industrielle associée.

3. La construction de bâtiments : une résilience fragile et déséquilibrée

Le sous-secteur de la construction de bâtiments enregistre une baisse plus modérée de 4,9 % au T3 2025, avec un recul cumulé de 6,3 % sur les trois premiers trimestres.

Toutefois, derrière cette moyenne se cache une forte hétérogénéité interne :

  • La promotion immobilière connaît une chute sévère de 36,2 %, traduisant les difficultés d’accès au financement, la baisse de la solvabilité de la demande et le ralentissement des programmes immobiliers.
  • À l’inverse, la construction de bâtiments pour compte de tiers affiche une légère progression (+3,8 %), témoignant d’une demande résiduelle portée par certains projets privés et institutionnels.

Cette configuration révèle un marché du bâtiment sous tension, fragilisé par la contraction du crédit, l’augmentation des coûts des intrants et l’allongement des délais de paiement.

4. Les activités spécialisées : une croissance qui masque des fragilités

À contre-courant de la tendance générale, les activités spécialisées de construction affichent une hausse remarquable de 53,1 % au T3 2025, avec une progression cumulée de 30,0 % sur neuf mois.

Cette performance est portée principalement par :

  • Les travaux d’installation (+53,7 %),
  • Les autres travaux spécialisés, dont la croissance est particulièrement marquée.

Néanmoins, cette dynamique positive est partiellement atténuée par le repli prononcé des travaux de finition (-44,1 %), révélateur du ralentissement de la phase terminale de nombreux projets. Le SPEBTPS considère que cette croissance des activités spécialisées, bien qu’encourageante, reste insuffisante pour compenser la faiblesse structurelle du génie civil et du bâtiment, et ne saurait constituer à elle seule un moteur durable de relance.

5. Lecture stratégique du SPEBTPS

L’évolution des indices du chiffre d’affaires de la construction met en évidence :

  • Une fragilisation globale du secteur, malgré quelques poches de croissance,
  • Une dépendance excessive à la commande publique, dont la contraction impacte directement le génie civil,
  • Un risque accru de défaillances d’entreprises, notamment parmi les PME nationales,
  • Une menace sur l’emploi, la formation professionnelle et la transmission des compétences.

Face à ces constats, le SPEBTPS estime indispensable une réaction forte, coordonnée et urgente des pouvoirs publics.

6. Recommandations du SPEBTPS pour la relance du secteur

Le Bureau exécutif du SPEBTPS formule les recommandations suivantes à l’endroit des autorités sénégalaises :

  1. Relancer massivement la commande publique dans le génie civil et les infrastructures structurantes, en priorisant les projets à fort impact économique et social.
  2. Accélérer le paiement des arriérés dus aux entreprises du BTP, afin de restaurer leur trésorerie et leur capacité d’investissement.
  3. Faciliter l’accès au financement des entreprises et des promoteurs immobiliers, à travers des mécanismes de garantie, des lignes de crédit dédiées et des taux préférentiels.
  4. Soutenir activement le logement et l’habitat social, moteur essentiel de la construction de bâtiments et de l’emploi urbain.
  5. Renforcer la préférence nationale dans l’attribution des marchés publics, conformément aux textes en vigueur.
  6. Instaurer un cadre permanent de concertation entre l’État, les maîtres d’ouvrage et les organisations professionnelles du secteur.

Conclusion

Le SPEBTPS réaffirme que le secteur de la construction demeure un levier stratégique incontournable pour l’émergence économique du Sénégal. Les indicateurs actuels, issus des statistiques officielles de l’ANSD, appellent à une action publique volontariste, concertée et orientée vers la relance durable du BTP.

(Le 27/12/25, par Oumar NDIR, Président du SEBTPS)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *